En 2024, les États et les entreprises ont emprunté 25 000 milliards USD sur les marchés, soit 10 000 milliards USD de plus qu’avant la pandémie de COVID-19 et près de trois fois plus qu’en 2007, selon un nouveau rapport de l’OCDE.
Le Rapport sur la dette mondiale 2025 : Financer la croissance dans un environnement de marché de la dette difficile indique que les niveaux d’endettement devraient continuer d’augmenter en 2025 et que le ratio global de la dette négociable des administrations centrales rapportée au PIB dans la zone OCDE devrait atteindre 85 %, soit plus de 10 points de pourcentage de plus qu’en 2019 et près de deux fois le niveau observé en 2007.
Les rendements obligataires ont progressé sur plusieurs grands marchés malgré la baisse des taux directeurs, tandis que le niveau d’endettement des États et des entreprises a augmenté. Cette hausse conjuguée des coûts et des niveaux d’endettement risque de restreindre la capacité d’emprunt future, à l’heure où les besoins d’investissement sont importants. Les emprunts antérieurs contractés lors de la crise financière de 2008 et de la pandémie de COVID-19 ont essentiellement servi à amortir les effets des chocs et à favoriser la reprise. De lourds investissements devront à présent être consentis pour faire progresser les objectifs d’action publique à moyen et long terme, notamment en vue de stimuler la croissance et la productivité, faire face au vieillissement de la population et répondre aux besoins en matière de défense.
« Les niveaux d’endettement des États et des entreprises continuent d’augmenter partout dans le monde, dans un contexte de hausse des coûts d’emprunt et de la volatilité des marchés », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann. « Accroître l’efficience des dépenses publiques, affecter en priorité le produit des emprunts d’État au financement d’investissements publics porteurs de gains de productivité qui favorisent la croissance à long terme et inciter les entreprises à faire en sorte que leurs emprunts renforcent leurs capacités de production sont autant de mesures qui contribueront à améliorer les perspectives d’endettement ».
D’après les prévisions, les émissions d’obligations souveraines dans les pays de l’OCDE devraient se hisser à un niveau record de 17 000 milliards USD en 2025, contre 14 000 milliards USD en 2023. L’encours de la dette devrait passer de 54 000 milliards USD en 2023 à près de 59 000 milliards USD en 2025.
Dans les marchés émergents et économies en développement, les emprunts obligataires souverains ont aussi fortement augmenté, passant d’environ 1 000 milliards USD en 2007 à plus de 3 000 milliards USD en 2024, les émissions ayant progressé de 12 % en 2024. La Chine représentait 45 % du volume total des émissions en 2024, contre environ 17 % sur la période 2007‑14.
L’encours mondial des obligations d’entreprise a atteint 35 000 milliards USD à la fin de 2024, renouant avec la tendance continue à la hausse qui avait été observée pendant plus de deux décennies et qui s’était temporairement interrompue en 2022. Cette croissance tendancielle a été alimentée en grande partie par l’augmentation du volume de titres émis par des sociétés non financières, dont la dette a presque doublé depuis 2008.
La hausse des coûts d’emprunt commence à se faire sentir. Le ratio des charges d’intérêts des administrations publiques au PIB a augmenté dans près des deux tiers des pays de l’OCDE en 2024, se hissant à 3.3 %, ce qui représente une hausse de 0.3 point de pourcentage par rapport à 2023. En d’autres termes, à l’échelle de la zone OCDE, les dépenses consacrées aux charges d’intérêts sont supérieures aux dépenses publiques de défense. La hausse des coûts d’emprunt accroît en outre les risques de refinancement tant pour les émetteurs souverains que pour les entreprises émettrices d’obligations, sachant que près de 45 % de la dette souveraine des pays de l’OCDE arrivera à échéance d’ici à 2027. Environ un tiers de l’encours total des obligations d’entreprise arrivera également à échéance au cours des trois prochaines années.
La majeure partie de la dette contractée par les entreprises au cours des dernières années a servi à financer des opérations financières telles que des refinancements et des versements aux actionnaires, et il n’y a pas eu de hausse concomitante des investissements visant à accroître la productivité.
Les banques centrales ont poursuivi leur retrait des marchés de la dette souveraine en 2024. Dans les économies de l’OCDE, la part des obligations souveraines nationales détenues par les banques centrales n’a cessé de diminuer, passant de 29 % de l’encours total de la dette en 2021 à 19 % en 2024, tandis que la proportion détenue par les ménages nationaux s’est hissée de 5 % à 11 % et celle des investisseurs étrangers de 29 % à 34 %. Pour que les niveaux actuels de la dette se maintiennent, les investisseurs existants devront acheter un volume de dette plus important, ou de nouveaux investisseurs, probablement plus sensibles aux prix, devront entrer sur le marché, ce qui pourrait accroître la volatilité.
L’édition 2025 du rapport comprend un chapitre thématique consacré à l’évaluation des financements nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux. Si les investissements publics et privés dans la transition climatique continuent de croître au rythme récemment observé, les économies avancées n’atteindront pas des niveaux compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris avant 2041. La situation est particulièrement tendue dans la plupart des marchés émergents, puisqu’au rythme de croissance actuel, les niveaux d’investissement ne permettraient pas d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris d’ici à 2050.
Une augmentation du financement par le secteur public ferait considérablement croître les ratios dette publique/PIB au cours des prochaines décennies, tandis qu’une plus grande dépendance à l’égard du secteur privé nécessiterait un développement rapide des marchés de capitaux et une forte croissance des émissions obligataires. Le rapport met en évidence le caractère essentiel des réformes de la réglementation financière pour permettre aux marchés de la dette de financer la transition climatique, en particulier pour renforcer le développement des marchés financiers dans les marchés émergents.
Vous trouverez de plus amples informations sur le rapport, dont les principales conclusions et graphiques clés, en cliquant sur ce lien (qui peut être inclus dans les articles de presse).
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