Allocution inaugurale du Premier ministre de Finlande, Petteri Orpo à l'occassion de la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres 2026 à Paris, France.
Seul le prononcé fait foi.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
La Finlande a l’honneur de présider cette Réunion du Conseil au niveau des Ministres, pour la première fois en plus de 40 ans. Je tiens à remercier les co-présidents et le Secrétaire général pour leur étroite coopération.
L’élaboration de politiques fondées sur des données probantes est essentielle pour relever les défis actuels. Le rôle de l’OCDE dans la promotion d’une coopération internationale fondée sur des règles est ainsi plus important que jamais.
Pour rester dans le thème de notre réunion, « Des politiques industrielles au service de l’ouverture des marchés, de la croissance et de la prospérité », je centrerai mon allocution sur la croissance, la compétitivité et la sécurité.
En premier lieu, la croissance.
De nombreuses économies de l’OCDE sont confrontées à un ralentissement des gains de productivité, au vieillissement de leur population et à des pressions sur leurs finances publiques. La transformation numérique, la décarbonation et les besoins en matière de défense entraînent des changements structurels au sein des sociétés. Alors qu’ils s’efforcent de saisir les chances offertes par ces évolutions, les pays du monde entier redécouvrent que la politique industrielle est un outil fondamental.
Menée à bon escient, celle-ci peut soutenir la transformation économique. Elle risque toutefois, si elle est mal conçue, d’avoir des effets de distorsion sur les marchés ou d’affaiblir la viabilité des finances publiques. Le défi consiste à mettre en œuvre une politique ciblée, non discriminatoire et sans effet de distorsion, qui renforce la croissance à long terme sans compromettre les finances publiques ou la liberté des marchés.
La puissance publique ne doit pas se substituer au marché, mais lui permettre de mieux fonctionner, notamment en concevant une réglementation propice à la concurrence et à l’innovation, à la réduction des charges administratives inutiles et à l’instauration de règles du jeu équitables pour les entreprises.
La réussite de la Finlande repose sur sa forte intégration dans les chaînes de valeur mondiales, un environnement réglementaire stable et transparent et une coopération étroite entre les secteurs public et privé.
Mais les temps ont changé. Nos partenaires commerciaux ne respectent pas tous les règles, par exemple pour ce qui est de l’accès aux intrants essentiels à la production. L’adoption de politiques industrielles avisées et la poursuite d’une coopération internationale avec des partenaires partageant les mêmes valeurs nous permettra toutefois, j’en suis convaincu, de trouver les solutions dont nous avons besoin et de garantir une concurrence mondiale équitable et fondée sur des règles. C’est pour trouver ces solutions que nous sommes réunis ici.
La deuxième partie de mon message porte sur la compétitivité. Elle a trait à la capacité à innover, à attirer les talents et les investissements, et à s’adapter aux changements de la société en accompagnant les industries de demain, qui sont de plus en plus liées aux technologies émergentes. L’intelligence artificielle, en particulier, offre des perspectives prometteuses en termes de gains de productivité, d’innovation et de renouveau industriel.
La compétitivité réclame la mise en place d’écosystèmes d’innovation qui permettent à différentes parties prenantes de collaborer sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle implique le déploiement d’infrastructures de recherche qui favorisent la convergence et les interactions entre différentes technologies et disciplines. Elle passe par le financement des activités de recherche et de développement dans l’optique de donner une issue concrète aux innovations de rupture. Enfin, elle nécessite de veiller à ce que les établissements de recherche et les entreprises aient accès aux talents et aux capitaux nécessaires pour innover et se développer.
En Finlande, nous avons mis en place des pôles de connaissances et des centres de production de classe mondiale dans les domaines de l’IA et de l’informatique quantique, des réseaux sans fil, de la nouvelle économie spatiale, de l’énergie nucléaire et de la bioéconomie. Notre objectif national, qui est de consacrer 4 % de notre PIB à la recherche et au développement, garantit un financement pérenne aux acteurs de l’innovation. Nous investissons en outre dans nos entreprises les plus innovantes afin de les aider à croître et à être compétitives sur le marché mondial.
C’est dans le cadre d’une collaboration étroite entre les secteurs public et privé, qui s’inscrit dans un effort commun à l’échelle nationale, que nous menons ces actions. Toutefois, la dimension mondiale des chaînes de valeur technologiques nous demande également de nous appuyer sur une coopération internationale digne de confiance.
Cette considération m’amène à la troisième et dernière partie de mon message, qui concerne la sécurité.
La sécurité économique et la sécurité nationale sont aujourd’hui de plus en plus imbriquées. Les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, les dépendances et les tensions géopolitiques affaiblissent notre résilience collective. En notre qualité d’économies avancées partageant les mêmes valeurs et intérêts, nous devons, chaque fois que cela est possible, trouver des solutions communes aux problèmes que nous rencontrons toutes.
Face aux préoccupations liées à la sécurité économique, une action coordonnée et proportionnée s’impose. Nous devons renforcer les capacités industrielles dans les secteurs clés, tout en reconnaissant qu’il n’est ni possible, ni souhaitable de tout produire sur notre territoire. Ensuite, nous devons diversifier nos chaînes d’approvisionnement et préserver notre ouverture aux flux commerciaux mondiaux. En outre, nous devons approfondir les partenariats économiques et technologiques, ainsi que ceux portant sur les ressources critiques entre alliés de confiance. Enfin, nous devons veiller à ce qu’aucune des mesures que nous prenons n’aille à l’encontre des règles que nous nous efforçons de préserver.
Il en va de notre sécurité comme de la croissance et de la compétitivité, en ce qu’elle ne saurait reposer sur des efforts isolés ; son renforcement passe par la coopération. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine nous ramène brutalement à cette réalité. Le soutien continu que nous apportons à l’Ukraine n’est pas uniquement un acte de solidarité, il vise aussi à défendre l’ordre international fondé sur des règles dont dépendent nos économies.
La résilience de l’Ukraine met en lumière le rôle que jouent la technologie et l’innovation dans le renforcement des capacités de défense et de l’appareil industriel dont nous avons besoin. Pour se reconstruire, le pays aura en outre besoin d’un engagement international soutenu, qui vaut également dans le contexte de l’OCDE. Nous pouvons en effet aider l’Ukraine à réformer son économie et ouvrir la voie à son adhésion. Il s’agit là d’un apprentissage mutuel.
Excellences,
Pour conclure, des politiques industrielles équilibrées et responsables peuvent jouer un rôle essentiel dans la panoplie d’outils dont nous disposons.
En sa qualité d’enceinte propice à l’apprentissage mutuel, au dialogue sur les politiques à suivre et à la collaboration, l’OCDE est idéalement placée pour piloter les efforts qui seront déployés dans ce domaine. Je forme le vœu que nos discussions nous aident à concevoir des politiques industrielles favorables au renforcement de la croissance, de la compétitivité et de notre sécurité commune.
Je vous remercie.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.