Ce chapitre expose les raisons pour lesquelles des données fiables sur les avancées et les perspectives sont nécessaires pour informer les responsables de l’action publique et les investisseurs dans les économies qui ont pris l’engagement d’aligner la finance sur les objectifs climatiques. Il présente ensuite succinctement les principaux résultats des travaux dans les trois domaines clés couverts par le rapport : la mise en œuvre des manuels d’action liés au climat qui sont applicables au secteur financier ; le suivi de l’alignement des flux et des stocks financiers sur les objectifs climatiques ; les nouveautés en ce qui concerne les indicateurs climatiques utilisés dans le secteur financier. Le chapitre énonce ensuite 14 mesures pouvant être prises par les autorités publiques, les ministères de l’Environnement et des Finances, ainsi que les banques centrales et les autorités de surveillance financière pour gérer l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques et saisir les possibilités d’investissement inexploitées.
Rapport d’examen de l’OCDE sur l’alignement de la finance avec les objectifs climatiques 2026 (version abrégée)
1. Principales observations concernant l’évolution de l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques
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L’alignement de la finance avec la neutralité carbone et la résilience au changement climatique contribue à la réalisation des objectifs de la politique climatique, et peut en outre réduire l’exposition aux risques liés au climat, favoriser l’innovation et accroître la sécurité énergétique. Le changement climatique met les sociétés, les économies et le système financier à rude épreuve. Comme l’indique l’article 2.1c de l’Accord de Paris, la finance joue un rôle crucial pour parvenir à un développement à faibles émissions de gaz à effet de serre (GES) et résilient aux changements climatiques (CCNUCC, 2015[1]). D’une part, le financement des solutions climatiques doit être renforcé. D’autre part, des investissements et des financements sont nécessaires pour assurer la transition climatique des secteurs émettant de grandes quantités de GES, ainsi que pour réduire l’exposition et la vulnérabilité aux risques climatiques matériels de l’ensemble des secteurs.
Des données fiables sur les avancées et les perspectives sont nécessaires pour informer les responsables de l’action publique et les investisseurs dans les économies qui ont pris l’engagement d’aligner la finance sur les objectifs climatiques. Comme le montrait la première édition du rapport d’examen de l’OCDE sur l’alignement de la finance avec les objectifs climatiques (2024[2]), les données disponibles sont encore très insuffisantes pour évaluer cet alignement. Cette seconde édition offre un récapitulatif des meilleures données disponibles dans trois domaines pouvant aider à orienter l’action publique et les décisions d’investissement en faveur de l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques, à savoir : l’évolution de la panoplie des politiques liées au climat applicables au secteur financier (Chapitre 2) ; le suivi du degré d’alignement des flux et des stocks financiers sur les objectifs climatiques (Chapitre 3) ; le panorama des indicateurs climatiques utilisés dans le secteur financier (Chapitre 4).
Les responsables de l’action publique des différents continents se conforment à des manuels d’action distincts pour inciter à faire évoluer les flux financiers en saisissant les importantes possibilités inexploitées. Les décideurs publics ont globalement continué à élargir le nombre et la panoplie des politiques liées au climat applicables au secteur financier, poursuivant les tendances observées dans la première édition du rapport. C’est ainsi que les pays des différentes régions du globe adoptent des manuels d’action distincts, privilégiant les mesures obligatoires de transparence, les cadres volontaires ou les outils de contrôle et de gestion des risques. Compte tenu de la nouveauté de ces dispositifs, il existe peu de données empiriques sur leur efficacité. Pour stimuler les investissements climato-compatibles, les mesures relevant de l’économie réelle (comme les instruments budgétaires et les normes réglementaires) demeurent des leviers fondamentaux sur lesquels s’appuient les politiques liées au climat applicables au secteur financier, sans pour autant s’y substituer. Depuis la précédente édition, si certains flux financiers sont devenus plus respectueux des objectifs climatiques, d’importantes possibilités d’évolution sont encore inexploitées. Bien que les investissements de l’économie réelle soient en augmentation dans les énergies propres, le financement des combustibles fossiles continue de surpasser celui des énergies bas carbone dans la plupart des catégories d’actifs financiers. L’évolution de l’alignement des instruments de dette d’entreprise avec les objectifs climatiques suit des trajectoires divergentes, les prêts syndiqués labellisés verts étant en hausse depuis 2022 alors que l’écologisation des marchés obligataires connaît un fléchissement. Il existe de plus en plus de données et d’indicateurs permettant de suivre l’alignement de la finance avec les objectifs climatiques, mais il en manque encore pour mettre en évidence les possibilités de transition et faire la lumière sur les catégories d’actifs financiers plus opaques.
Les décideurs publics peuvent adopter toute une série de mesures pour mieux gérer l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques et saisir les possibilités d’investissement inexploitées provenant de la transition climatique. Les administrations publiques, les autorités de surveillance financière et les banques centrales ont la possibilité de privilégier l’élargissement de la panoplie des politiques publiques grâce à l’apprentissage par les pairs, le développement de cadres de données coordonnés, ou le renforcement de l’évaluation des effets des politiques publiques. Le Graphique 1.1 présente 14 mesures dérivées des données factuelles produites lors de l’examen. Étant donné que les approches adoptées par les décideurs publics dépendent du contexte national, de la situation initiale et de leurs missions respectives, les mesures doivent être adaptées aux conditions précitées, notamment en complétant l’analyse globale présentée dans ce rapport par des études de cas propres à chaque pays ou territoire.
Graphique 1.1. Sélection de mesures permettant aux responsables de l’action publique de favoriser l’alignement de la finance avec les objectifs climatiques
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Source : Travaux des auteurs, notamment à partir des données de l’OCDE sur les politiques liées au climat applicables au secteur financier.
POLITIQUES PUBLIQUES : Les pays des différentes régions du globe élargissent le nombre et la panoplie des politiques liées au climat applicables au secteur financier, en adoptant des manuels d’action distincts.
Copier le lien de POLITIQUES PUBLIQUES : Les pays des différentes régions du globe élargissent le nombre et la panoplie des politiques liées au climat applicables au secteur financier, en adoptant des manuels d’action distincts.Les politiques appliquées au secteur financier à l’échelle mondiale intègrent de plus en plus des considérations climatiques dans le but premier de gérer l’incidence des risques climatiques sur la stabilité financière et de préserver l’intégrité du marché. Entre 2000 et 2025, les décideurs de 111 pays et des institutions de l’UE ont adopté plus de 860 politiques liées au climat applicables au secteur financier. L’une des raisons ayant motivé la hausse de ces interventions publiques est le risque que le changement climatique n’induise une instabilité financière systémique en provoquant des dévaluations simultanées et corrélées des actifs dans les différents secteurs et régions. Les politiques applicables au secteur financier qui sont liées au climat visent à assurer la stabilité financière et celle des prix, ainsi que l’intégrité du marché. Bien que conçues principalement pour faire face à la transition climatique et aux risques matériels, ces politiques peuvent aussi avoir une incidence sur la situation climatique et la capacité du secteur financier à orienter le capital vers l’innovation climatique, les possibilités de transition et la résilience.
Entre 2023 et 2025, les décideurs publics ont continué à élargir le nombre et la panoplie des politiques liées au climat applicables au secteur financier, les banques centrales jouant à cet égard un rôle prédominant. Même si certaines d’entre elles sont en cours de révision ou mises en pause, les politiques liées au climat applicables au secteur financier ont encore augmenté de plus de 25 % entre 2023 et 2025, après avoir atteint un nombre record en 2020 et 2021. Les mesures visant à accroître la transparence climatique restent prédominantes et représentaient 78 % de l’ensemble des politiques publiques en 2025. Les politiques prudentielles intégrant des considérations climatiques occupent une place grandissante (20 %) dans la panoplie de mesures, et un petit nombre de politiques monétaires liées au climat ont fait leur apparition (2 %). Au cours des 25 dernières années, 32 % des mesures ont été prises par les banques centrales, 28 % par les autorités de surveillance et de réglementation du secteur financier, et 28 % par les administrations publiques. Avant l’Accord de Paris de 2015, ce sont les États et les autorités de surveillance financière qui avaient adopté le plus de dispositions, mais depuis cette date, les banques centrales ont pris l’ascendant. À mesure que les manuels d’action se développent, les cadres coordonnés acquièrent une importance croissante pour assurer l’homogénéité de la révision des politiques par les différentes autorités publiques.
Graphique 1.2. Politiques liées au climat applicables au secteur financier au niveau mondial, 2000-2025
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Source : Données de l’OCDE sur les politiques liées au climat applicables au secteur financier.
Les pays des différentes régions du globe adoptent des manuels d’action distincts, accordant une importance variable aux mesures de transparence, aux cadres volontaires ou aux outils de contrôle et de gestion des risques. En Afrique et dans certaines parties de la région Asie-Pacifique, les mesures de transparence continuent d’être relativement plus utilisées, alors qu’en Europe et en Amérique du Nord, ce sont les politiques prudentielles qui dominent. Au sein de cette tendance générale, les obligations d’information demeurent prédominantes en Europe et dans la région Asie-Pacifique. L’Amérique du Nord compte la plus forte proportion de cadres volontaires, tandis que l’Amérique latine se distingue par un pourcentage supérieur de cadres de transparence applicables à certains instruments de dette. L’utilisation de tests de résistance au risque climatique a acquis une place importante en Asie de l’Est et en Europe, alors que les Amériques et d’autres parties de l’Asie recourent davantage à d’autres outils de contrôle et de gestion des risques. Un certain nombre de pays élargissent leur éventail de dispositifs liés au climat qui sont mis en œuvre dans le secteur financier. Les taxonomies vertes ont doublé entre 2023 et 2025, principalement du fait de leur adoption sur les marchés émergents et dans les économies en développement (MEED). Quelques pays ont commencé à déployer des systèmes de mesure des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) afin d’améliorer l’intégrité du marché et la transparence entre les fournisseurs. Par ailleurs, les banques centrales d’une dizaine de pays ainsi que la Banque centrale européenne ont adopté des politiques monétaires liées au climat, principalement en Europe mais aussi en Asie. Les responsables de l’action publique doivent adapter leur panoplie de mesures applicables au secteur financier au contexte national ; ils peuvent en outre élargir leurs boîtes à outils et tirer des enseignements de l’expérience de leurs pairs.
Les obligations d’information demeurent les principales mesures de transparence climatique et sont de plus en plus souvent complétées par des cadres volontaires. En 2025, les décideurs de 110 pays et des institutions de l’UE avaient adopté plus de 670 mesures de transparence sur le climat. Environ 30 % d’entre elles ont un caractère obligatoire, la majorité étant des obligations d’information. Si les obligations d’information représentent un quart des mesures de transparence sur le climat, elles sont de plus en plus combinées à des outils volontaires comme des lignes directrices (33 %), des cadres applicables à différents instruments financiers (20 %) et des feuilles de route (18 %) pour favoriser l’alignement de la finance avec les objectifs climatiques. Pour rendre ces cadres plus efficaces, les administrations publiques et les autorités de surveillance financière doivent assurer la cohérence entre les obligations d’information sur le climat qui sont imposées aux établissements financiers et celles applicables aux entreprises non financières, et collaborer avec le secteur privé pour renforcer le rôle des outils volontaires.
Graphique 1.3. Panoplie de politiques liées au climat applicables au secteur financier dans les différentes régions, 2000-2025
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Source : Données de l’OCDE sur les politiques liées au climat applicables au secteur financier.
Les mesures visant à accroître la transparence climatique ne peuvent à elles seules réduire directement les émissions, mais elles permettent de combler les asymétries d’information et d’orienter les financements vers l’innovation et la transition climatiques. De plus en plus d’études empiriques semblent indiquer que les mesures de communication ont pour effets d’améliorer la qualité des informations, d’influer sur le comportement des investisseurs et d’orienter les financements vers l’innovation et la transition climatiques. Les taxonomies vertes et les cadres d’émission d’obligations peuvent promouvoir l’innovation verte du secteur financier et attirer des capitaux vers des fonds labellisés verts, mais leur additionnalité est difficile à démontrer car ces dispositifs peuvent répondre aux attentes des investisseurs et aspirer les financements des fonds autodéclarés verts. Pour accroître l’impact de ces dispositifs de transparence, les décideurs publics pourraient les associer à des outils de suivi permettant de mieux distinguer les nouveaux investissements/investissements complémentaires des simples changements d’appellations, ainsi qu’à des plateformes de dialogue avec les investisseurs privés afin de comprendre leurs besoins et leurs motivations.
Les mesures de transparence climatique sont fondamentales pour améliorer l’efficacité des autres politiques liées au climat qui sont applicables au secteur financier. Les mesures de transparence sont souvent adoptées en même temps que d’autres dispositifs, ou fournissent des informations qui seront nécessaires pour des politiques ultérieures. Ainsi, les lignes directrices volontaires visent fréquemment à renforcer la mise en œuvre d’autres mesures de transparence, tandis que les obligations d’information peuvent répondre aux besoins des autorités de surveillance ou guider les achats d’actifs par les banques centrales. Il peut par conséquent être nécessaire que les évaluations – fondées sur des données – des effets et de la portée des mesures de transparence existantes prennent en compte l’interaction de ces mesures avec l’ensemble des dispositions pertinentes prises par les différentes autorités publiques. Les responsables de l’action publique pourraient investir dans le partage des données et l’utilisation de cadres interinstitutionnels pour évaluer l’interaction entre les mesures de transparence et les autres dispositifs, et déterminer quelles améliorations peuvent être apportées à la panoplie des politiques au fil du temps.
Les pratiques de surveillance climatique et les tests de résistance au risque climatique entraînent une augmentation des politiques prudentielles à l’égard du climat, mais l’extension de leur portée et le renforcement de leur caractère contraignant permettraient de gérer plus efficacement les risques climatiques, en particulier dans les MEED. En 2025, les décideurs de 57 pays et des institutions de l’UE avaient mis en œuvre quelque 200 politiques prudentielles liées au climat (qui avaient notamment trait à la transparence) dans le but de réduire les risques d’instabilité financière. La plupart ont été adoptées par des banques centrales et s’appliquent aux établissements bancaires. Quelques dispositifs seulement ciblent les risques climatiques encourus par les assureurs et les fonds d’investissement. La plupart des mesures prudentielles liées au climat ont pris la forme de tests de résistance au risque climatique ou d’analyses de scénarios et autres outils de contrôle et de gestion des risques. Il conviendrait d’ajuster les politiques répondant aux risques élevés ou d’adopter des dispositifs qui fixent les besoins de liquidités en fonction des risques liés au climat qui pèsent sur les activités bancaires. Si environ un tiers des politiques ont un caractère contraignant pour les institutions financières faisant l’objet d’une surveillance, un grand nombre sont encore volontaires, fournissant des conseils généraux ou des évaluations pour mettre en évidence les risques, sans que des actions concrètes ou précises soient définies pour les gérer. Un grand nombre de MEED doivent encore évaluer les risques encourus par leur système financier. La couverture des assureurs et des risques matériels dans les tests de résistance peut être améliorée.
Un nombre croissant d’études continuent de mettre en évidence de possibles corrélations négatives entre les objectifs fondamentaux de la politique climatique et ceux de la politique financière pour plusieurs mesures prudentielles liées au climat. Les politiques prudentielles liées au climat s’avèrent avoir des effets mitigés au regard de l’orientation des financements en faveur des activités à faibles émissions de GES – tout en impliquant parfois des compromis avec la stabilité financière –, en particulier les mesures portant sur le niveau et la qualité des capitaux et sur les réserves de sécurité pour accroître la résilience face aux risques systémiques. Les quelques études conceptuelles laissent espérer de possibles effets positifs pour l’ensemble des objectifs de certaines politiques répondant à un niveau de risque climatique élevé et certaines pratiques de contrôle et de gestion des risques, même si ces effets pourraient être modérés. À titre d’exemple, les tests de résistance améliorent la sensibilisation des institutions financières aux effets des risques climatiques, ce qui, dans certains pays ou territoires, a accru la probabilité que les banques accordent des prêts verts à des entreprises fortement émettrices. Compte tenu des données hétérogènes dont on dispose sur les effets des politiques prudentielles liées au climat, les décideurs publics peuvent entreprendre de les établir avec soin, de les mettre à l’essai pour faire apparaître les conséquences imprévues, et de déterminer quelles configurations permettent de mieux gérer les risques.
À l’heure où des politiques monétaires liées au climat commencent à apparaître, de nouvelles analyses des scénarios et des actions publiques sont nécessaires pour comprendre leurs effets potentiels et ajuster leur conception. Le principal objectif des politiques monétaires liées au climat est d’aider à gérer les impacts du changement climatique sur la stabilité des prix. Ces politiques étant encore rares, les données probantes sont limitées et proviennent en grande partie d’études théoriques et d’analyses de scénarios. De manière générale, les résultats sont mitigés et montrent qu’il peut y avoir des corrélations négatives entre les objectifs relatifs au climat et ceux de stabilité des prix. Les études théoriques portant sur l’ajustement des achats d’actifs en fonction du climat indiquent que les effets sur l’efficacité de la politique monétaire sont limités, mais que les flux de financements verts sont susceptibles d’augmenter. L’analyse des politiques liées au climat qui concernent les opérations de crédit fait apparaître de possibles corrélations négatives entre les objectifs de la politique climatique et ceux de la politique monétaire, et montre l’importance de disposer de définitions fiables sur le climat.
Les politiques climatiques efficaces relevant de l’économie réelle demeurent des leviers fondamentaux pour attirer les investissements climato-compatibles, sur lesquels s’appuient les politiques liées au climat applicables au secteur financier. Si les administrations publiques recourent majoritairement à des mesures économiques pour agir sur le climat (comme des taxes et des subventions), les autres types d’interventions liées au climat (réglementation, investissements et consommation des administrations publiques, approches non contraignantes et informations) ont davantage augmenté depuis la signature de l’Accord de Paris. Le récent ralentissement de l’adoption de nouveaux dispositifs peut s’expliquer par le recalibrage des différentes mesures en vue d’accroître leur efficacité. Les politiques climatiques de l’économie réelle sont un préalable indispensable aux financements privés car elles fixent des normes, envoient des signaux crédibles aux investisseurs et mettent en place des incitations en faveur des investissements bas carbone. Les instruments instaurant des incitations financières et budgétaires ont une incidence directe sur la valeur actualisée nette et le taux de rendement interne. Par conséquent, les incitations de ce type qui subsistent et perpétuent la production et la consommation de combustibles fossiles dans les différents pays et territoires continuent de contribuer à décourager les investissements respectueux des objectifs climatiques. Les politiques liées au climat qui sont applicables au secteur financier peuvent certes jouer un rôle d’amplificateur, mais elles ne peuvent remplacer ou compenser une politique budgétaire, industrielle et en matière d’infrastructure. Leur efficacité dépend, par conséquent, en partie de la crédibilité, l’homogénéité et l’efficacité du contexte global de l’action publique.
SUIVI : Si certains flux financiers sont devenus plus respectueux des objectifs climatiques, d’importantes possibilités d’investissement dans la transition sont encore inexploitées.
Copier le lien de SUIVI : Si certains flux financiers sont devenus plus respectueux des objectifs climatiques, d’importantes possibilités d’investissement dans la transition sont encore inexploitées.La part des énergies bas carbone dans le total des investissements de l’économie réelle a progressé et est nettement supérieure à celle des combustibles fossiles. En 2024, les investissements mondiaux dans les énergies bas carbone représentaient 7.2 % de la formation brute de capital fixe, soit plus que les investissements dans les combustibles fossiles (dont le segment en amont des industries pétrolière et gazière), qui s’élevaient à 4.2 %. Cela dit, la climato-compatibilité de plus de 80 % des investissements réalisés dans l’économie réelle au niveau mondial n’est pas encore connue, car la transition climatique d’un grand nombre de secteurs économiques est encore difficile à évaluer avec précision et de façon systématique. Il est important de combler cette lacune pour déterminer si la hausse des investissements dans les énergies bas carbone va de pair avec la progression générale de l’alignement de l’économie réelle avec les objectifs climatiques, notamment par ses effets sur la transition climatique et l’innovation.
L’augmentation de la part des énergies bas carbone dans les investissements s’explique par la forte croissance en valeur absolue des investissements correspondants dans la région Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord – en particulier par le secteur privé – et par la stagnation des investissements dans les énergies fossiles. La hausse des investissements dans les énergies bas carbone depuis 2020 s’est accompagnée d’une hausse en valeur relative étant donné que les investissements dans les énergies fossiles sont restés relativement stables. À l’échelle mondiale, les investissements dans les énergies à faibles émissions sont dominés par le secteur privé, alors que ceux bénéficiant aux combustibles fossiles se répartissent en parts relativement égales entre les secteurs public et privé. En 2025 et de 2021 à 2025, les énergies propres ont recueilli plus d’investissements que les énergies fossiles dans la région Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord, mais c’est l’inverse qui a été observé dans toutes les autres régions. Le manque d’investissements dans les énergies bas carbone en Afrique, en Eurasie, en Amérique latine et au Moyen-Orient laisse entrevoir des possibilités inexploitées.
L’investissement direct étranger de création a beaucoup contribué à l’amélioration de la climato-compatibilité des investissements de l’économie réelle, à la fois dans les économies avancées et émergentes. L’investissement direct étranger (IDE) de création, qui implique la construction de nouvelles installations, est un puissant vecteur par lequel les financements transnationaux influencent l’économie réelle dans les pays bénéficiaires, sur le moyen et le long terme. Les données disponibles montrent qu’entre 2016 et 2025, l’IDE de création affichait un plus grand respect des objectifs climatiques au niveau mondial. Il a, pendant cette période, plus que doublé dans les énergies renouvelables, passant de moins de 90 milliards USD (10 % du total) à 200 milliards USD (15 %). En revanche, l’IDE de création dans les énergies fossiles a continué de fluctuer et n’a pas suivi la tendance générale à la hausse, enregistrant une baisse de 120 milliards USD (14 %) en 2016 à moins de 70 milliards USD (4 %) en 2025. L’IDE de création dans les énergies renouvelables n’est plus concentré dans les économies avancées. Entre 2021 et 2025, il a en effet dépassé celui réalisé dans les combustibles fossiles dans toutes les régions, même si la progression a lieu à des vitesses et des échelles différentes selon les cas.
L’alignement sur les objectifs climatiques a progressé dans certains compartiments du système financier, mais il faut encore faire converger les tendances de l’économie réelle et celles du secteur financier. Les flux et les stocks financiers enregistrés dans la plupart des catégories d’actifs jouent des rôles différents au regard du financement des investissements de l’économie réelle au profit de l’innovation et la transition climatiques. À l’inverse des tendances observées concernant les investissements dans l’économie réelle, le financement des combustibles fossiles – toutes catégories d’actifs confondues – continue de surpasser celui des énergies bas carbone. Si la climato-compatibilité des actions cotées a relativement peu évolué depuis 2022, celle des instruments de dette a davantage fluctué. Outre les combustibles fossiles, le financement conventionnel des autres secteurs à forte intensité d’émissions de GES et forte consommation énergétique est plusieurs fois supérieur à celui des secteurs bas carbone, ce qui laisse entrevoir d’importantes possibilités à saisir pour investir dans la transition climatique.
Graphique 1.4. Évolution de l’alignement (ou non) des différents niveaux du secteur financier sur les objectifs climatiques, 2022-2025
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Note : Ce graphique utilise les données provenant des graphiques du Chapitre 3. Les notes méthodologiques, en particulier celles relatives aux classifications des secteurs à faible ou forte intensité de carbone, figurent dans les sous-sections y afférentes.
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de l’AIE, Bloomberg, BloombergNEF et LSEG.
La part des actions des entreprises cotées est plus élevée dans les secteurs à faible intensité de carbone des régions où les marchés boursiers sont très développés, mais la marge est encore grande avant de faire évoluer les marchés boursiers du monde entier. Fin 2025, le volume des actions cotées dans les secteurs bas carbone du monde entier ne représentait encore qu’un tiers de celui enregistré dans les secteurs à forte intensité de carbone, et moins de 6 % du total des actions cotées. Ces proportions sont restées stables entre 2020 et 2025. Plus de 40 % des actions des entreprises cotées financent des secteurs qui ne sont pas exclusivement à faible ou à forte intensité de carbone mais qui ont une importance particulière au regard de l’atténuation du changement climatique. C’est en Amérique du Nord et en Asie, qui représentent près de 80 % des marchés boursiers mondiaux, que les actions dans les secteurs bas carbone recueillent les pourcentages les plus élevés. En Afrique et au Moyen-Orient, plus de la moitié des actions cotées financent des secteurs à forte intensité de carbone, mais ces deux régions ne représentent que 4 % des marchés.
Le fait que les obligations d’entreprise et les prêts syndiqués ne soient guère alignés sur les objectifs climatiques montre le potentiel inexploité des différents instruments de dette d’entreprise pour financer des solutions à faibles émissions de carbone dans les différents secteurs. En 2025, les obligations vertes représentaient 4 % de l’encours des obligations d’entreprise, soit toujours moins que les obligations du secteur des combustibles fossiles (5 %). En termes de flux, l’émission d’obligations vertes a légèrement dépassé celle d’obligations classiques par les secteurs des énergies fossiles pour la quatrième année consécutive, à respectivement 4.5 % et 4.2 % des émissions totales d’obligations d’entreprise. Les flux de prêts syndiqués verts ont augmenté, atteignant 6 % du total des prêts. En revanche, les prêts aux secteurs des énergies fossiles ont presque doublé, à 11 %. Dans le même temps, un peu moins de 30 % des flux d’obligations d’entreprise et de prêts syndiqués ont financé des activités relevant des secteurs énergétiques et industriels qui n’étaient ni labellisées vertes, ni spécifiquement destinées à l’approvisionnement en combustibles fossiles. Cela montre qu’il serait possible de consacrer des volumes beaucoup plus importants de la dette d’entreprise au financement d’activités de transition, y compris en s’appuyant sur l’émergence d’obligations labellisées pour la transition.
Graphique 1.5. Vue d’ensemble des estimations de l’alignement (ou non) des différentes catégories d’actifs sur les objectifs climatiques en 2025
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Note : Ce graphique utilise les données provenant des graphiques de la section 3.2. Les notes méthodologiques, en particulier celles relatives aux classifications des secteurs à faible ou forte intensité de carbone, figurent dans les sous-sections y afférentes. GES désigne les gaz à effet de serre. Les autres secteurs bas carbone et les secteurs à forte intensité de GES sont présentés uniquement pour les actions des entreprises cotées. « Labellisés verts » désigne les secteurs énergétiques à faibles émissions de carbone lorsqu’il est question des actions des entreprises cotées, et les instruments portant ce label lorsqu’il s’agit des autres catégories d’actifs.
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de Bloomberg, BloombergNEF et LSEG.
L’évolution de l’alignement des instruments de dette d’entreprise sur les objectifs climatiques suit des trajectoires divergentes, les prêts syndiqués labellisés verts étant en hausse depuis 2022 alors que l’écologisation des marchés obligataires connaît un fléchissement. L’émission d’obligations vertes par les entreprises au niveau mondial a marqué le pas après 2022, ce qui contraste avec l’augmentation du nombre total d’émissions. Les obligations classiques émises par les secteurs des énergies fossiles ont fortement diminué en 2022 mais sont depuis reparties à la hausse pour se positionner juste en dessous des émissions d’obligations vertes. À l’opposé, les prêts syndiqués verts ont fortement augmenté, atteignant un niveau record de 5 % du total des flux de prêts, alors que les prêts syndiqués aux secteurs des combustibles fossiles ont reculé à 6 %. Il n’empêche que les prêts syndiqués continuent de financer près de deux fois plus d’activités reposant sur les combustibles fossiles que d’activités à faible émission de carbone.
Les différences régionales de l’alignement des instruments de dette d’entreprise sur les objectifs climatiques persistent, faisant écho à la diversité des structures économiques et à l’hétérogénéité des besoins de transition climatique entre les secteurs. Certaines régions profitent plus que d’autres des possibilités qu’offrent les obligations vertes de financer leur transition climatique. L’émission d’obligations d’entreprise labellisées vertes en Europe et en Afrique dépasse celle d’obligations classiques par les entreprises du secteur des énergies fossiles, alors que c’est l’inverse qui a cours dans certaines régions d’Asie et des Amériques (Graphique 1.6). Les régions enregistrant les pourcentages les plus élevés d’obligations vertes sont aussi celles ayant la plus faible proportion d’obligations classiques émises par le secteur des énergies fossiles. L’Europe occupe la première place en ce qui concerne le volume d’obligations vertes émises. Le volume des prêts syndiqués labellisés verts dépasse celui des prêts classiques en Asie de l’Est, en Europe et en Amérique latine, alors qu’il ne représente que 1 % de la moyenne des émissions entre 2020 et 2025 en Amérique du Nord et en Océanie. L’Afrique, où les volumes sont globalement faibles, présente le pourcentage le plus élevé de prêts syndiqués au profit des secteurs à forte intensité de carbone.
Graphique 1.6. Émission régionale d’obligations d’entreprise et de prêts syndiqués par appellation et par secteur, moyenne 2021‑2025
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Source : Travaux des auteurs, d’après les données de Bloomberg, BloombergNEF et LSEG.
Les contraintes méthodologiques et celles liées aux données aboutissent à une quantité très réduite d’éléments probants sur le rôle des obligations souveraines et des marchés privés au regard de l’alignement du secteur financier avec les objectifs climatiques. Le déficit global de données sur le capital-investissement et les prêts bilatéraux – qui ne sont généralement pas couverts par les obligations d’information – fait obstacle à l’évaluation de leur rôle dans le financement de l’innovation et de la transition climatiques au sein de l’économie réelle. Outre les recettes budgétaires, le financement des budgets nationaux repose pour une grande part sur les obligations souveraines, au sujet desquelles d’abondantes données sont disponibles. Cela dit, les obligations vertes ne représentaient que 0.5 % à 3 % du total des obligations souveraines émises dans l’ensemble des régions, et il n’existe aucune approche commune pour évaluer l’alignement des obligations classiques sur les objectifs climatiques.
Les banques continuent d’affecter plus de financements aux combustibles fossiles qu’aux énergies bas carbone, mais des données se rapportant à d’autres types d’institutions financières sont nécessaires pour comprendre la divergence entre les flux de l’économie réelle et ceux du système financier pour ce qui concerne leur conformité aux objectifs climatiques. En 2024, le financement par les banques du secteur des énergies fossiles dépassait encore celui des énergies bas carbone, l’un et l’autre s’élevant respectivement à un peu plus et à moins de 1 000 milliards USD. L’écart s’est toutefois rétréci depuis 2021, les banques de toutes les régions ayant saisi des opportunités d’accroître leurs financements verts. La plus forte croissance en pourcentage des financements aux énergies bas carbone a eu lieu en Afrique, tandis que la plus forte hausse en volume a été relevée en Europe. Les données se rapportant à d’autres types d’institutions financières (comme les fonds communs de placement en actions, les fonds de pension, les fonds souverains, les compagnies d’assurance et les gestionnaires d’actifs) demeurent très limitées.
Les évaluations de la conformité aux objectifs climatiques au niveau des autorités financières permettent de cartographier les possibilités inexploitées d’investissement dans les solutions et la transition climatiques. La collaboration entre les autorités centrales d’un pays peut progressivement accroître la couverture des évaluations climatiques, notamment en y incluant les marchés privés et tous les types d’investisseurs. Les engagements volontaires pris par les pays dans le cadre de l’Initiative du G20 contre les lacunes en matière de données devraient permettre d’établir les premières estimations officielles des titres de créance et des actions cotées à finalité écologique d’ici à 2027. Des efforts ciblés restent nécessaires pour recenser et diffuser des données et des informations sur les financements exposés à des activités à fortes émissions de GES et à des risques climatiques matériels.
INDICATEURS : Il existe de plus en plus de données permettant de suivre l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques, mais il en manque encore pour mettre en évidence les possibilités de transition et évaluer les actifs opaques.
Copier le lien de INDICATEURS : Il existe de plus en plus de données permettant de suivre l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques, mais il en manque encore pour mettre en évidence les possibilités de transition et évaluer les actifs opaques.L’efficacité des mesures de transparence et la crédibilité des exercices de suivi de l’alignement requièrent des indicateurs robustes. Depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015, tout un éventail d’indicateurs climatiques ont été mis au point. Les données servant à l’élaboration de ces indicateurs sont de plus en plus disponibles, notamment du fait de l’adoption croissante de mesures de transparence climatique. Néanmoins, d’importantes lacunes demeurent pour mesurer de façon crédible la transition climatique et la résilience pour les différentes activités et institutions financières, ainsi que pour mettre en évidence les possibilités qui existent à cet égard.
Les indicateurs climatiques utilisés dans le secteur financier englobent de plus en plus des mesures autres que celle des GES afin de mieux évaluer l’intégrité environnementale et la crédibilité économique. Les informations sur la composition des portefeuilles, les investissements et les actions peuvent être utiles pour évaluer les progrès accomplis au regard des engagements de réduction des émissions de GES. Ces informations permettent aussi de repérer les possibilités d’investissement lié au climat et d’assurer le suivi de la planification de la transition.
Des indicateurs quantitatifs adaptés aux différents acteurs, activités, catégories d’actifs et secteurs aideraient à prendre des décisions d’investissement plus radicales et à élaborer des politiques plus efficaces. Cela inclut les indicateurs permettant de cerner les possibilités de transition climatique inhérentes aux différentes activités du secteur financier (comme les prêts, les garanties et les investissements des propriétaires ou des gestionnaires d’actifs). Certains indicateurs de ce type ont été créés (par exemple pour mesurer le volume des investissements et des prêts au profit de solutions climatiques, ou la part des recettes des entreprises de gestion de portefeuilles issues de produits à finalité écologique), mais ils doivent encore être améliorés.
Les indicateurs de la transition appliqués aux actifs d’entreprise sont les plus répandus, mais ils peinent encore à mettre en évidence l’évolution des modèles économiques et des possibilités. Pour les entreprises non financières cotées en bourse, cette lacune peut être comblée par l’amélioration des mesures des recettes, des dépenses et de la recherche-développement liées au climat), et par l’ajout d’indicateurs sectoriels (notamment sur les actifs corporels). Pour les entreprises non cotées gérant des portefeuilles de capital-investissement, des indicateurs doivent être mis au point pour pallier le manque encore plus grand de données et d’informations. Les nouveaux indicateurs, fussent-ils partiels, qui ont été créés concernent notamment les portefeuilles des entreprises de capital-investissement portant sur l’énergie, et les ratios d’investissement dans l’approvisionnement énergétique. Ces indicateurs s’appliquant aux entreprises peuvent compléter les évaluations de l’alignement avec les objectifs climatiques qui reposent sur les émissions (cibles) et les flux financiers mesurés par appellation et par secteur économique.
L’intégration progressive d’indicateurs de l’adaptation dans les plans de transition favorise une approche plus globale du suivi des performances climatiques. Les cadres d’information et d’évaluation ayant trait au climat sont moins complets et moins homogènes lorsqu’il s’agit de l’adaptation que de l’atténuation. L’adaptation des entreprises peut être progressivement mesurée grâce à trois ensembles d’indicateurs : les indicateurs de référence des risques matériels, qui mesurent l’exposition et la vulnérabilité aux risques matériels et évaluent les impacts financiers ; les indicateurs des efforts consacrés à l’adaptation, qui portent sur les actions et les stratégies mises en œuvre pour accroître la résilience ; les indicateurs des résultats obtenus en matière de résilience, qui analysent l’impact et l’efficacité des mesures d’adaptation.
La production d’évaluations crédibles de l’alignement des obligations avec les objectifs climatiques se heurte à des difficultés différentes selon que les obligations sont émises par des entreprises ou des États. L’attribution d’un label vert aux obligations d’entreprise contribue certes à la transparence du marché, mais les données empiriques montrent qu’une évaluation minutieuse de leur impact et leur additionnalité est néanmoins nécessaire. L’évaluation de l’intégrité environnementale des obligations d’entreprise labellisées vertes peut être renforcée grâce aux éclairages fournis par les indicateurs portant sur les activités et les caractéristiques générales des entreprises, qui sont mis au point dans le contexte de la planification de la transition et dans le but de distinguer les obligations d’entreprise axées sur la transition ou à visée générale. Lorsque les obligations vertes sont émises par les États, si leur additionnalité est également un point à approfondir, le principal défi consiste à élargir les évaluations climatiques en y incluant des questions plus générales, un aspect essentiel pour accroître le rôle de la dette publique dans la transition climatique. Des indicateurs portant sur les plans de transition souverains, les trajectoires de décarbonation sectorielles et les plans climatiques nationaux en quête d’investissement à la fois dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets pourraient permettre de répondre à ce besoin, tout en fournissant des informations sur le contexte national.
Les investisseurs et les responsables de l’action publique doivent se tourner vers des solutions innovantes en matière de données car les informations fournies par les entreprises et les organismes publics ne suffisent pas pour répondre à tous les besoins. Bien que les informations communiquées par les entreprises aient considérablement amélioré la disponibilité des données, cela n’est toujours pas suffisant. Des approches innovantes comme le traitement automatique du langage naturel (NLP) et les techniques reposant sur des données géospatiales sont de plus en plus utilisées par les investisseurs, les analystes et les décideurs du secteur financier. La technologie NLP permet d’extraire à grande échelle les données sur le climat des entreprises et du domaine public et d’élaborer de nouveaux indicateurs pour évaluer la qualité des informations et, à partir de là, la désinformation verte. Les approches utilisant des données géospatiales peuvent aider à combler les manques de données, à améliorer la comparabilité des données entre les régions du monde, à produire des estimations sur les catégories d’actifs opaques et à valider les données climatiques ayant été communiquées.
Graphique 1.7. Informations et indicateurs sur l’atténuation du changement climatique proposés par les cadres volontaires
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ACTIONS : Que peuvent faire les décideurs publics?
Copier le lien de ACTIONS : Que peuvent faire les décideurs publics?En s’aidant des résultats fondés sur des données qui sont présentés dans ce rapport et en tenant compte de la différence entre les contextes nationaux et les mandats institutionnels, les responsables de l’action publique peuvent prendre toute une série de mesures distinctes et coordonnées pour élaborer des manuels d’action cohérents favorisant l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques et pour mieux saisir les possibilités inexploitées d’investissement dans la transition climatique.
Mesures relevant des autorités publiques :
Élargir la panoplie de politiques liées au climat applicables au secteur financier. En prenant appui sur l’expérience des autres pays et territoires, recenser les autres mesures prudentielles, monétaires et de transparence qu’ils utilisent et qui peuvent convenir et être adaptées au contexte national, en tenant compte des objectifs et des mandats des autorités nationales concernées en matière d’action publique.
Améliorer la cohérence des obligations d’information liées au climat qui sont imposées aux établissements financiers et aux entreprises non financières. Coordonner les champs d’application et les délais, en fixant des règles de transparence proportionnées pour les catégories d’actifs plus opaques, par exemple les entreprises de capital-investissement. Encourager la production de données quantitatives comparables à la fois sur la transition et la résilience climatiques, notamment des indicateurs permettant de repérer les possibilités de transition climatique. Lorsque c’est possible, concevoir des portails de déclaration numérique communs et des modèles lisibles par ordinateur pour réduire les coûts des déclarations et améliorer la comparabilité des données.
Adopter des cadres de données et d’évaluation climatiques coordonnés entre les différentes autorités nationales. Grâce à la définition d’indicateurs communs et à des arrangements de collaboration en matière de données, étendre les capacités afin d’améliorer la couverture, la qualité et la pertinence des données, de manière à assurer un suivi plus homogène de la conformité des flux et des stocks financiers avec les objectifs climatiques. Mettre au point des évaluations pilotes de l’alignement avec les objectifs climatiques à l’échelle nationale en utilisant des indicateurs comparables au niveau international, afin de mettre en évidence les lacunes de l’action publique et les possibilités inexploitées d’investissement dans la transition climatique et l’innovation.
Recueillir et publier des statistiques sur la finance durable au niveau national. Sous la direction des organismes de statistique, élaborer des méthodes de collecte des données afin de progressivement rendre publiques les statistiques sur les titres de créance, les prêts, les actions et les parts des fonds d’investissement à finalité écologique, dans le cadre de la comptabilité nationale. Étudier des options possibles pour publier des statistiques à la fois sur les flux et les stocks financiers qui sont respectueux/non respectueux des objectifs climatiques, y compris des estimations pour les catégories d’actifs plus opaques.
Fournir des conseils de mise en œuvre pratique pour accroître l’efficacité des mesures de transparence applicables aux différents types d’institutions financières. Les conseils de mise en œuvre peuvent aider à clarifier les attentes des mesures de transparence, surtout s’ils sont adaptés aux différents types d’institutions financières et aux indicateurs les plus pertinents au regard de leurs activités. Ces conseils peuvent être élaborés en s’appuyant sur les évaluations des interactions qui ont lieu entre les mesures de transparence (comme les taxonomies et les obligations d’information) et d’autres dispositifs, et de l’utilité de cette panoplie de mesures pour distinguer les nouveaux investissements/investissements complémentaires des changements d’appellations.
Mesures relevant des ministères de l’Environnement et des Finances :
Évaluer les effets des mesures de l’économie réelle qui jouent un rôle essentiel en incitant ou empêchant l’alignement des flux financiers sur les objectifs climatiques. Déterminer si les politiques de l’économie réelle sont des sources crédibles d’opportunités pour investir dans le respect des objectifs climatiques. Mettre en évidence les dispositifs cruciaux qui dissuadent les investissements dans la transition climatique et l’innovation. Déterminer dans quelle mesure ces dispositifs ont une incidence sur la rentabilité des investissements climato-compatibles, et évaluer l’efficacité des politiques liées au climat applicables au secteur financier au regard du verdissement de la finance.
Renforcer les partenariats volontaires avec des investisseurs privés bénéficiant de l’appui des pouvoirs publics. Établir des partenariats – ou renforcer ceux existants – avec des acteurs du secteur financier au travers d’initiatives volontaires, soutenues par les administrations centrales, dans le but : d’accroître la disponibilité des données (y compris sur les catégories d’actifs plus opaques), de renforcer le rôle des cadres volontaires, de favoriser la mise en œuvre des politiques publiques et de contribuer au renforcement des capacités en matière de finance verte. Utiliser ces partenariats pour tester la crédibilité des indicateurs climatiques, mettre en évidence les possibilités d’investissement dans la transition, assurer le suivi des plans de transition et servir de base aux révisions des politiques.
Mettre à jour les mesures de transparence climatique en s’appuyant sur les évaluations empiriques de leurs effets. Déterminer à intervalles réguliers si les mesures de transparence sur le climat réduisent les asymétries d’information, améliorent les prises de décisions des investisseurs et accroissent les investissements dans les solutions climatiques. Utiliser les résultats – fondés sur des données – des évaluations pour modifier la portée, les indicateurs et le caractère contraignant des mesures d’information.
Diffuser les ensembles de données publiques sur les risques climatiques et élaborer des trajectoires de transition sectorielles. Rendre publics les ensembles de données sur les risques climatiques, en collaboration avec les offices statistiques et les agences météorologiques, et mettre au point des trajectoires de transition sectorielles pouvant servir de base aux actions des investisseurs et aux tests de résistance des autorités de surveillance.
Envoyer des signaux de marché en émettant des instruments de dette souveraine à finalité écologique et facilitant la transition. Consolider ces émissions à l’aide de cadres robustes et donner l’exemple en rendant compte annuellement des affectations et des impacts. Lorsque c’est possible, relier les étiquettes « vert » et « transition » aux trajectoires sectorielles et aux plans climatiques nationaux.
Mesures relevant des banques centrales et des autorités de surveillance financière :
Étendre la couverture des tests de résistance au risque climatique à l’ensemble du secteur financier et partager les résultats afin d’établir des manuels d’action de plus grande ampleur. Mener à bien des tests de résistance dans le sens à la fois descendant et ascendant, à la fois au regard de la transition climatique et des risques matériels. Inclure les banques, les assureurs, les fonds de pension et les fonds d’investissement. Partager les résultats pertinents avec les administrations publiques, notamment pour qu’ils servent de base aux politiques d’adaptation et de résilience, tout en préservant la confidentialité de la surveillance et l’indépendance des banques centrales.
Procéder à l’analyse des scénarios et à des évaluations – données à l’appui – des politiques liées au climat applicables au secteur financier. Réaliser des analyses de scénarios ex ante et des évaluations empiriques ex post pour évaluer les effets potentiels et observés de l’intégration des questions climatiques dans les politiques monétaires et prudentielles. Réaliser des essais pour mettre en évidence des conséquences imprévues, rechercher les éventuelles corrélations négatives entre les objectifs relatifs au climat et la stabilité financière, et déterminer quelles configurations permettent de mieux gérer les risques et de renforcer l’intégrité du marché.
Mieux exploiter les données existantes sur le climat et la communication d’informations en utilisant des outils innovants en matière de données. Utiliser des données géospatiales pour compléter les données communiquées au titre des obligations d’information, ainsi que des méthodes d’apprentissage automatique pour évaluer la cohérence des données et des déclarations publiques relatives au climat, afin de pouvoir repérer les éventuels problèmes d’intégrité.
Améliorer la transparence des indices climatiques, des indicateurs des risques matériels et des évaluations de l’alignement. Inviter ou encourager les fournisseurs de mesures des risques ESG à communiquer des informations sur leurs méthodologies, leurs sources de données et leurs hypothèses afin d’améliorer la transparence et la comparabilité des évaluations des actifs et des activités du secteur financier au regard des objectifs climatiques.
Références
[1] CCNUCC (2015), L’Accord de Paris, https://unfccc.int/fr/a-propos-des-ndcs/l-accord-de-paris.
[2] OCDE (2024), OECD Review on Aligning Finance with Climate Goals: Assessing Progress to Net Zero and Preventing Greenwashing, Green Finance and Investment, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b9b7ce49-en.